Mer d’Aral : le drame d’une mer disparue et la renaissance oubliée
24/08/2025
La mer d’Aral, jadis vaste et prospère, s’est transformée en désert de sel. Découvrez son drame écologique et sa renaissance partielle.
Imaginez une mer immense, grande comme l’Irlande, qui faisait vivre des centaines de milliers de personnes grâce à la pêche et au commerce.
Imaginez cette mer… réduite aujourd’hui à quelques flaques isolées au milieu d’un désert salé, jonché de bateaux rouillés.
Bienvenue à la mer d’Aral, l’un des plus grands drames écologiques du XXᵉ siècle. Entre le Kazakhstan et l’Ouzbékistan, ce lieu est devenu à la fois un symbole de l’aveuglement humain et une destination de voyage unique, hors du temps.
🐟 La grande mer d’Aral d’hier : une mer intérieure prospère
Jusqu’aux années 1960, la mer d’Aral était le quatrième plus grand lac du monde :
- Surface : 68 000 km² (presque la taille de la Grèce)
- Longueur : 426 km
- Largeur : 284 km
- Profondeur moyenne : 16 m
Ses deux grands affluents, le Syr-Daria et l’Amou-Daria, l’alimentaient en eau douce, créant un écosystème riche.
La mer d’Aral, c’était :
- Une pêche florissante : jusqu’à 40 000 tonnes de poissons par an
- Des villes portuaires dynamiques : Moynaq (Ouzbékistan) et Aralsk (Kazakhstan)
- Une biodiversité unique avec plus de 20 espèces de poissons
- Une véritable “mer intérieure” qui régulait le climat local
💡 Le saviez-vous ? Dans les années 1950, les ports de Moynaq et d’Aralsk exportaient du poisson jusqu’à Moscou. On disait que la mer d’Aral nourrissait une partie de l’Union soviétique.
Image : upyernoz, via man77, sous licence CC BY 2.0 (via Wikimedia Commons).
⚠️ Comment la mer d’Aral a disparu
Tout a basculé dans les années 1960. L’Union soviétique, obsédée par l’autosuffisance en coton (appelé « l’or blanc »), a lancé un gigantesque projet d’irrigation en Asie centrale.
Les fleuves Amou-Daria et Syr-Daria, qui alimentaient la mer d’Aral, ont été massivement détournés pour arroser les champs de coton en Ouzbékistan, au Kazakhstan et au Turkménistan.
Les conséquences ont été dramatiques :
- Moins d’eau arrivait dans la mer
- L’évaporation naturelle n’était plus compensée
- La mer a commencé à se rétracter à une vitesse folle
Chronologie de la catastrophe
- 1960 : mer d’Aral à son niveau maximal
- 1970 : premières baisses visibles
- 1980 : la mer a perdu 30 % de sa surface
- 1990 : séparation en “Petite mer d’Aral” (Nord) et “Grande mer d’Aral” (Sud)
- 2000 : il ne reste plus que 25 % de la surface initiale
- 2010 : la partie sud est quasiment asséchée
À partir de là, les habitants de Moynaq et Aralsk ont vu la mer… s’éloigner de plusieurs dizaines de kilomètres. Leurs ports se sont retrouvés dans le désert. Les bateaux, abandonnés, sont restés figés dans le sable.
🌐 Géopolitique et économie : pourquoi a-t-on sacrifié la mer d’Aral ?
La disparition de la mer d’Aral n’est pas un “accident naturel”, mais le résultat de choix politiques et économiques. Comme expliqué plus tôt, dans l’URSS des années 60, la priorité était l’autosuffisance et l’exportation de coton, (l’or blanc). L’Asie centrale fut transformée en immense champ irrigué, au prix d’un détournement massif des fleuves Amou-Daria et Syr-Daria.
Le coton, une stratégie d’État
- Objectif : produire du coton en quantités industrielles pour l’industrie textile et l’exportation.
- Moyen : développer une agriculture irriguée dans des zones arides grâce aux canaux.
- Conséquence : pompages intensifs dans les affluents de la mer d’Aral, tarissant son apport.
Des infrastructures… mais à quel prix ?
- Construction de milliers de kilomètres de canaux, souvent mal étanchéifiés, provoquant fuites et pertes d’eau colossales.
- Engrais et pesticides déversés massivement, qui finiront déposés sur le fond asséché.
Après l’URSS : la pression persiste
- Indépendance des républiques : le coton reste une filière économique majeure, surtout en Ouzbékistan.
- Partage complexe de l’eau entre pays riverains : enjeu géopolitique régional permanent.
- Le Kazakhstan investit au nord pour restaurer une partie de la mer ; au sud, la priorité est restée longtemps à la production.
En résumé : la mer d’Aral a été sacrifiée sur l’autel de la productivité agricole et de l’aménagement du territoire, dans un contexte de planification centralisée, puis d’intérêts économiques persistants après l’URSS.
🌍 Les conséquences écologiques de la disparition de la mer d’Aral
La disparition progressive de la mer d’Aral n’est pas seulement une histoire de géographie. C’est aussi l’un des plus grands désastres écologiques de l’histoire moderne. Les conséquences se ressentent encore aujourd’hui dans toute l’Asie centrale.
Un désert de sel toxique
À mesure que l’eau disparaissait, le fond de la mer est apparu. Résultat : un immense désert, appelé le désert d’Aralkoum, recouvrant des milliers de kilomètres carrés.
Ce sol est composé de sel et de produits chimiques (pesticides, engrais) accumulés pendant des décennies. Le vent transporte ces particules toxiques sur des centaines de kilomètres.
Conséquences :
- Pollution de l’air et des terres agricoles
- Problèmes de santé pour les populations locales (asthme, cancers, maladies de peau)
- Destruction de la biodiversité
💡 Le saviez-vous ? Le désert d’Aralkoum s’étend sur plus de 60 000 km², soit plus grand que la Croatie.
Image : THORSTEN, sous licence CC BY-SA 4.0 (via Wikimedia Commons).
Un climat bouleversé
Avant, la mer d’Aral jouait un rôle de tampon climatique : elle adoucissait les hivers et rafraîchissait les étés. Depuis son assèchement :
- Les étés sont devenus plus chauds et plus secs
- Les hivers sont plus froids et plus longs
- La région est frappée par des tempêtes de sel et de sable
Ce changement a aggravé la désertification et rendu l’agriculture encore plus difficile.
🦆 Biodiversité perdue : quand un écosystème s’effondre
La mer d’Aral abritait un écosystème riche : poissons d’eau douce, zones humides, oiseaux migrateurs. Avec l’assèchement et la salinisation, la chaîne du vivant s’est effondrée.
Poissons et faune aquatique
- Disparition de nombreuses espèces de poissons locales, incapables de survivre à la salinité extrême.
- Effondrement des populations de crustacés et d’invertébrés aquatiques.
Oiseaux migrateurs et zones humides
- Réduction drastique des aires d’alimentation et de nidification.
- Déclin d’espèces qui faisaient escale sur les rivages et deltas transformés en désert.
Plantes et sols
- Colonisation par des plantes halophiles (tolérantes au sel), moins favorables à la faune locale.
- Salinisation des sols et désertification accélérée autour des anciens rivages.
💡 Le saviez-vous ? Certaines tentatives de repeuplement piscicole ont été menées côté kazakh dans la Petite mer d’Aral, avec des succès partiels là où le niveau de salinité a pu baisser.
👥 Les conséquences humaines : un drame social et économique
La disparition de la pêche
En quelques décennies, la mer est passée d’une zone prospère à un désert économique. Les ports de Moynaq et Aralsk, jadis vivants, se sont retrouvés sans mer.
Résultat :
- La pêche a totalement disparu
- Des dizaines de milliers de personnes ont perdu leur emploi
- Les usines de transformation du poisson ont fermé
En résumé : une région qui vivait de la mer s’est retrouvée au chômage et dans la pauvreté.
Santé publique : l’autre visage de la catastrophe
L’assèchement de la mer d’Aral n’a pas seulement détruit l’économie, il a aussi eu des effets catastrophiques sur la santé des habitants :
- Pollution de l’air : maladies respiratoires chroniques
- Eau contaminée : taux élevé de cancers et d’anémies
- Augmentation de la mortalité infantile
Pathologies les plus fréquentes
- Maladies respiratoires (asthme, bronchites chroniques) aggravées par les tempêtes de poussières salines.
- Affections gastro-intestinales liées à la qualité de l’eau.
- Troubles hématologiques (anémies) et pics de pathologies chroniques signalés par des études locales.
- Sur-risques de cancers dans certaines zones exposées aux polluants historiques.
Facteurs aggravants
- Accès limité aux soins dans les zones rurales.
- Vulnérabilité des enfants et des femmes enceintes.
- Précarité économique qui réduit la capacité de prévention.
En résumé : la catastrophe n’a pas seulement transformé un paysage ; elle a fragilisé durablement la santé et le quotidien de centaines de milliers de personnes.
💡 Le saviez-vous ? Dans certaines zones proches de l’ancienne mer, l’espérance de vie a chuté de plus de 10 ans par rapport à la moyenne nationale.
Un exode massif
Face à la pauvreté, aux maladies et à la désertification, de nombreuses familles ont quitté la région. Les villages autrefois animés sont devenus des villes fantômes.
Aujourd’hui, Moynaq n’est plus qu’une petite ville isolée au milieu du désert, célèbre pour son cimetière de bateaux.
🌱 La renaissance partielle de la mer d’Aral
Heureusement, l’histoire de la mer d’Aral ne s’arrête pas sur une note totalement dramatique. Depuis les années 2000, des efforts ont été faits pour sauver au moins une partie de ce joyau disparu.
La Petite mer d’Aral (Kazakhstan)
Au nord, le Kazakhstan a lancé un projet ambitieux avec l’aide de la Banque mondiale : la construction du barrage de Kok-Aral en 2005. Ce barrage a permis de retenir l’eau du fleuve Syr-Daria et de redonner vie à une partie de la mer.
Résultats :
- Le niveau de l’eau a remonté de plusieurs mètres
- La pêche a repris dans certaines zones
- La biodiversité renaît peu à peu
La Petite mer d’Aral est donc devenue un symbole d’espoir écologique, prouvant qu’une restauration est possible, même si elle reste partielle.

Petite mer d’Aral en 2011
Statistiques récentes
- Niveau d’eau actuel : +3 à +5 m depuis 2005 grâce au barrage Kok-Aral
- Salinité : encore élevée mais réduite dans les zones restaurées (10-15 g/L contre 35 g/L dans la Grande mer)
- Pêche : reprise partielle avec environ 200-300 tonnes de poissons annuelles côté kazakh
- Biodiversité : retour progressif de certaines espèces d’oiseaux migrateurs et de poissons
La Grande mer d’Aral (Ouzbékistan)
Au sud, en revanche, la situation est beaucoup plus sombre. L’Ouzbékistan a longtemps privilégié la culture intensive du coton, au détriment de la mer. Résultat : la Grande mer d’Aral est aujourd’hui presque totalement asséchée.
Seules quelques petites étendues d’eau subsistent, souvent trop salées pour abriter une faune aquatique.
En résumé : au Kazakhstan, la mer revit un peu. En Ouzbékistan, elle a quasiment disparu.
✈️ Voyager vers la mer d’Aral aujourd’hui
Si la mer d’Aral n’existe presque plus, elle est devenue une destination de voyage hors du commun. Entre paysages lunaires, épaves de bateaux et villages fantômes, c’est un voyage chargé d’émotion et d’histoire.
Les incontournables à voir
- Moynaq (Ouzbékistan) : célèbre pour son cimetière de bateaux, une vision surréaliste d’anciens navires de pêche échoués dans le sable.
- Aralsk (Kazakhstan) : ancien port, aujourd’hui tourné vers la Petite mer d’Aral renaissante.
- Le désert d’Aralkoum : exploration unique d’un désert né d’une mer disparue.
- Le barrage de Kok-Aral : symbole de la renaissance écologique au Kazakhstan.
Pourquoi y aller ?
La mer d’Aral attire de plus en plus les voyageurs curieux et les amateurs de tourisme hors des sentiers battus. C’est à la fois :
- Un voyage historique dans l’un des plus grands drames écologiques de notre temps
- Une expérience visuelle unique : déserts, épaves, paysages lunaires
- Un message fort sur la relation entre l’homme et la nature
💡 Le saviez-vous ? Certaines agences locales proposent des circuits en 4×4 pour explorer l’ancienne mer et dormir en campement sous les étoiles au milieu du désert.
Comment s’y rendre ?
- Depuis le Kazakhstan : base principale à Aralsk. Vols vers Aktau ou Atyrau + transfert en voiture 4×4.
- Depuis l’Ouzbékistan : base à Moynaq. Vol vers Nukus, puis route (4×4 conseillé) jusqu’au site.
- Les routes sont souvent non asphaltées et le terrain difficile : prévoir un guide local ou un circuit organisé.
Meilleure saison pour visiter
- Printemps (avril-juin) : températures agréables, désert moins sec, paysages colorés.
- Automne (septembre-octobre) : températures douces, peu de vent et lumière idéale pour la photographie.
- Éviter l’été pour les fortes chaleurs et l’hiver pour le froid extrême et l’inaccessibilité des routes.
Excursions et activités
- Visites guidées en 4×4 pour explorer les bateaux abandonnés et le désert d’Aralkoum.
- Observation de la Petite mer d’Aral au Kazakhstan et de ses villages côtiers en restauration.
- Camping et bivouac dans le désert pour les voyageurs aventureux.
- Photographie unique : paysages lunaires, bateaux rouillés, dunes et le ciel immense.
Conseils pratiques
- Prévoir de l’eau et nourriture : peu de commerces sur place.
- Vêtements adaptés : protection solaire et lunettes, chapeau, vêtements légers pour la journée et chauds pour la nuit.
- Téléphone et internet limités : informer quelqu’un de son itinéraire si voyage autonome.
- Respecter les zones protégées et suivre les conseils des guides locaux.
Bon à savoir : certaines agences locales proposent des circuits combinés Kazakh-Ouzbékistanais pour découvrir la Petite et la Grande mer d’Aral, offrant une vue complète de l’histoire et de la catastrophe écologique.
📌 En résumé
La mer d’Aral, autrefois quatrième plus grand lac du monde, est devenue l’un des plus grands symboles de catastrophe écologique. Mais elle est aussi un lieu de mémoire et de résilience.
- Hier : une mer prospère, une pêche abondante, des villes dynamiques
- Aujourd’hui : un désert de sel, des populations marquées, mais une Petite mer renaissante
- Demain : peut-être un modèle de restauration écologique partielle
Visiter la mer d’Aral, c’est voyager au cœur d’un paysage unique, mais aussi prendre conscience de l’impact de l’homme sur la planète.
❓ Foire aux questions (FAQ)
Pourquoi la mer d’Aral a-t-elle disparu ?
Principalement à cause du détournement des fleuves Amou-Daria et Syr-Daria pour irriguer des champs de coton à partir des années 1960. L’évaporation naturelle n’étant plus compensée, la mer s’est rétractée.
Peut-on sauver la mer d’Aral ?
La Petite mer d’Aral au nord (Kazakhstan) montre qu’une restauration partielle est possible grâce au barrage de Kok-Aral et à une meilleure gestion de l’eau. En revanche, la Grande mer au sud (Ouzbékistan) est considérée comme quasiment irrécupérable.
Peut-on visiter la région aujourd’hui ?
Oui. Moynaq (Ouzbékistan) et Aralsk (Kazakhstan) sont les bases principales. On peut voir le cimetière de bateaux, les plaines salées et, au nord, la zone partiellement restaurée. Des excursions en 4×4 existent.
Quelles sont les conséquences pour les habitants ?
Perturbations économiques (fin de la pêche, usines fermées), problèmes de santé (poussières toxiques, eau de mauvaise qualité) et exode de populations.
Pourquoi parle-t-on d’un “désert de sel” ?
En s’asséchant, la mer a laissé un ancien fond marin composé de sel et de résidus chimiques. Le vent soulève ces particules, créant des tempêtes de poussière nocives.
Pourquoi le barrage Kok-Aral a-t-il réussi ?
Le barrage a permis de retenir l’eau du Syr-Daria et de stabiliser le niveau de la Petite mer d’Aral. Sa construction ciblée et la gestion raisonnée de l’eau ont été déterminantes.
Quelle faune peut-on encore trouver ?
Dans la Petite mer d’Aral, certaines espèces de poissons comme la perche et la carpe ont réapparu, ainsi que des oiseaux migrateurs. La Grande mer reste quasi déserte.
Y a-t-il des projets pour restaurer la Grande mer d’Aral ?
Pour l’instant, aucun projet majeur n’est envisagé, la priorité restant au coton et aux cultures intensives.
Quels impacts climatiques observe-t-on depuis la disparition de la mer ?
Les étés sont plus chauds et secs, les hivers plus froids et longs. La désertification progresse et les tempêtes de sel affectent agriculture et santé des populations.
🌏 Conclusion : la mer d’Aral, une leçon pour la planète
La mer d’Aral illustre les conséquences d’une mauvaise gestion de l’eau et de l’agriculture intensive, mais la restauration partielle de la Petite mer montre que la nature peut renaître lorsque la volonté politique et scientifique est présente.
Préserver l’eau, c’est préserver la vie, les économies locales et l’avenir de régions entières.